5 Surprising Truths About Wealth and Power in 2025

Comment le sociologue français Pierre Bourdieu (1930-2002) explique les luttes fiscales menées par l’économiste Gabriel Zucman en France et à l’étranger en 2025

Cinq leçons de Pierre Bourdieu pour comprendre la guerre de l’impôt (et pourquoi elle est si violente).

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Le débat public sur l’inégalité des richesses ressemble souvent à un dialogue de sourds, confus et polarisé. Lorsque des économistes comme Gabriel Zucman proposent de nouvelles taxes pour les ultra-riches, la conversation devient vite émotionnelle, saturée d’arguments complexes et d’accusations difficiles à déchiffrer. Pour vraiment comprendre les enjeux de ces batailles, il faut regarder au-delà des gros titres et se tourner vers un guide inattendu : le sociologue français du XXe siècle, Pierre Bourdieu.

Son œuvre fournit une grille de lecture d’une clarté saisissante pour voir les structures cachées du pouvoir à l’œuvre. En explorant cinq de ses idées les plus puissantes, nous pouvons décoder la lutte moderne sur la richesse et la voir non pas comme un simple débat technique, mais comme une bataille fondamentale sur les mots que nous utilisons, les croyances que nous tenons pour acquises et la nature même du pouvoir.

Première idée-force : La richesse n’est jamais « virtuelle », elle est toujours un pouvoir.

On l’entend partout : la fortune des ultra-riches est « virtuelle » ou « sur papier », composée d’actions dont la valeur fluctue, et ne devrait donc pas être taxée comme un revenu tangible. Cette fiction ne résiste pas à l’épreuve des faits. Prenez l’exemple d’Elon Musk : sa richesse supposément « virtuelle » lui a permis de mobiliser 44 milliards de dollars « d’un claquement de doigts » pour acheter Twitter. Cet acte a démontré la conversion instantanée d’actifs papier en un pouvoir tangible et bien réel, lui permettant de mettre la plateforme (renommée X) au service de projets idéologiques et politiques, y compris la réélection de Donald Trump.

Pour Bourdieu, ce tour de passe-passe linguistique est une fonction classique de la doxa. Il définit la doxa comme un ensemble de croyances fondamentales si profondément ancrées dans une société que la possibilité de penser autrement est presque inconcevable. Le mot « virtuel » est une arme qui renforce la doxa en présentant un pouvoir immense comme étant intangible et inerte. Il légitime activement l’inaction en faisant paraître les actifs d’un milliardaire comme fondamentalement différents du salaire d’un citoyen ordinaire, neutralisant ainsi l’argument moral en faveur de l’impôt et protégeant une concentration de pouvoir bien réelle.

Deuxième idée-force : Les plus brillants peuvent être les plus aveugles.

Et si les esprits les plus brillants étaient aussi les plus aveugles ? C’est l’argument contre-intuitif de Bourdieu : les intellectuels, malgré leurs compétences analytiques, sont particulièrement vulnérables à une forme de cécité qu’il a nommée l’« illusion de la liberté ».

Il s’agit de la croyance erronée que son succès est entièrement libre des déterminismes sociaux — les forces et structures cachées qui façonnent nos vies. Cette foi aveugle en une méritocratie pure empêche les plus grands bénéficiaires du système de voir les forces structurelles qui ont permis leur succès. Bourdieu était particulièrement sévère avec les intellectuels, car ils possèdent les outils mêmes nécessaires pour comprendre ces forces, mais choisissent souvent de « cracher sur la sociologie » et de nier leur existence.

…la « propriété majeure » des intellectuels « est l’illusion de la liberté » (illusion de la liberté) à l’égard des déterminismes sociaux…

Cette idée éclaire le débat contemporain sur la richesse, où certains des individus les plus brillants de la société résistent aux arguments fondés sur des données, comme ceux de Zucman, qui révèlent la nature structurelle de l’inégalité fiscale. Ils préfèrent souvent croire à ce que Bourdieu a appelé avec mépris le « racisme de l’intelligence » — l’idée que les intelligents le sont par nature, justifiant ainsi les hiérarchies sociales tout en ignorant les facteurs structurels qui les créent.

Troisième idée-force : Les mots que nous utilisons pour parler de la richesse sont des armes cachées.

Le véritable champ de bataille de l’inégalité se trouve rarement dans les tableurs, mais bien plus souvent dans les dictionnaires juridiques et financiers. Un cas d’école parfait est la bataille autour de deux termes apparemment anodins : « biens professionnels » et « outil de travail ».

Ces termes n’étaient pas des concepts économiques organiques ; ils ont été spécifiquement inventés pour créer une faille dans l’ancien impôt sur la fortune (ISF) en France. Ce concept n’existait ni dans les manuels d’économie ni dans les systèmes fiscaux d’autres pays comme la Suisse ou la Norvège. Cette faille, créée de toutes pièces, a permis d’exempter les grands portefeuilles d’actions qui constituent 90 % de la richesse d’un milliardaire. Le résultat de cette « hypocrisie considérable » est saisissant : en 2016, les milliardaires français ont payé un ISF équivalent à seulement 0,1 % de leurs revenus.

Cela renvoie directement aux travaux de Bourdieu sur le pouvoir du langage à façonner la réalité.

Bourdieu souligne le rôle « absolument capital » des mots dans la création et le maintien des illusions sociales.

Ce seul exemple révèle une vérité profonde : le principal champ de bataille où l’inégalité économique est défendue ne se trouve pas dans les gros titres, mais dans les textes de loi et les manuels de finance. Des termes apparemment neutres sont, en réalité, des armes cachées utilisées pour maintenir le statu quo.

Quatrième idée-force : Il existe une « science joyeuse » pour révéler de tristes vérités.

Comment une discipline qui révèle des vérités souvent inconfortables peut-elle être qualifiée de « science joyeuse » ? Bourdieu décrivait pourtant la sociologie comme un « gay savoir », ce qui se traduit par « savoir joyeux ».

Le paradoxe est que la science est considérée comme joyeuse même lorsqu’elle rapporte des choses « très tristes ». Pour Bourdieu, la joie ne vient pas des découvertes elles-mêmes, mais du pouvoir de la discipline à être désordonnée (bordélique) et à « chahuter les structures de pensée » — à bousculer, perturber et secouer nos cadres mentaux enracinés.

Ce concept éclaire le travail d’économistes comme Zucman. La donnée révélant que le citoyen français moyen paie environ 50 % de ses revenus en prélèvements totaux, tandis que les ultra-riches n’en paient que 25 %, est une vérité profondément « triste ». Plus qu’une statistique, c’est une violation directe du principe constitutionnel fondateur de la France, l’« égalité devant l’impôt ». L’acte de révéler cette disparité, d’utiliser des données rigoureuses pour perturber la sagesse conventionnelle, est un exemple parfait de cette « science joyeuse » en action. La joie réside dans le fait de rendre visible l’invisible et de défier un ordre qui se sait légitime.

Cinquième idée-force : Révéler les vérités inconfortables est un travail de « sage-femme ».

La dernière idée de Bourdieu est peut-être la plus humaniste. Il a adopté la métaphore socratique du sociologue en tant qu’« accoucheur » — une sage-femme.

La métaphore est puissante : le rôle du sociologue n’est pas d’imposer des idées nouvelles de l’extérieur. Il consiste plutôt à aider les gens à formuler et à faire naître des vérités qu’ils possèdent déjà en interne, mais qu’ils n’ont peut-être pas les instruments, le langage ou la confiance nécessaires pour exprimer par eux-mêmes.

Ce concept explique la réaction passionnée du public au débat sur la justice fiscale. Les recherches de Zucman n’apprennent pas aux gens quelque chose qu’ils ne ressentaient pas déjà ; elles agissent comme un travail de « sage-femme ». Elles donnent aux citoyens les « instruments de compréhension » pour mettre des mots et des données sur un sentiment profond d’injustice. Ce travail contrecarre la croyance puissante, chez ceux qui sont dominés par le système, que leur « condamnation » — que ce soit un fardeau fiscal élevé ou la pauvreté — est justifiée. Ce processus peut devenir, pour ceux qui s’y engagent, le « commencement d’un certain travail » sur eux-mêmes, déclenchant une réévaluation de leur place dans le monde, analogue à une découverte de soi psychanalytique.

Une nouvelle grille de lecture pour un vieux combat

La boîte à outils intellectuelle développée par un sociologue il y a plusieurs décennies s’avère inestimable pour donner un sens aux débats économiques les plus urgents d’aujourd’hui. Les concepts de Bourdieu nous montrent que la lutte sur l’impôt n’est jamais seulement une question d’argent. C’est une lutte pour le langage, pour les croyances fondamentales qui structurent notre société, et pour savoir qui a le pouvoir de définir la réalité elle-même.

Son œuvre nous laisse avec une question cruciale : si la doxa de la « richesse virtuelle » et l’arme linguistique de l’« outil de travail » peuvent si efficacement protéger le pouvoir, quelles autres structures de pensée invisibles façonnent tranquillement notre monde ?

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Decoding the Fiscal Class War: Wealth, Doxa, and Joyful Critique, Bourdieu, Zucman (English, 32:37min)

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How French Socioliogist Pierre Bourdieu (1930-2002) Explains Economist Gabriel Zucman’s Tax Fights in France and abroad in 2025

The public debate over wealth inequality often feels like a confusing shouting match. When economists like Gabriel Zucman, a student of world renown French economist Thomas Piketty, propose new taxes for the ultra-rich, the conversation can become emotionally charged, filled with complex arguments and accusations that are hard to follow. To truly understand what’s at stake in these high-stakes battles, we need to look beyond the headlines and turn to an unlikely guide: the 20th-century French sociologist Pierre Bourdieu.

His work provides a crystal-clear lens for seeing the hidden structures of power at play. By exploring five of his most powerful ideas, we can decode the modern fight over wealth and see it not just as a technical debate about economics, but as a fundamental struggle over the very words we use, the beliefs we take for granted, and the nature of power itself.

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1. Wealth Is Never ‘Virtual’—It’s Always Power

A common argument made against wealth taxes is that the fortunes of the ultra-rich are merely “virtual” or “paper” assets held in stocks and therefore shouldn’t be taxed like real cash income.

This argument collapses under the slightest scrutiny. Consider Elon Musk. His supposedly “virtual” wealth allowed him to raise 44 billion dollars “in a snap of the fingers” to purchase Twitter. This act demonstrated the seamless conversion of paper assets into tangible, real-world power, allowing him to put the platform (renamed X) at the service of different ideological and political projects, including the re-election of Donald Trump.

For Bourdieu, this linguistic sleight of hand is a classic function of the doxa. He defined doxa as a set of fundamental beliefs (like market theory) that are so deeply ingrained in a society that the possibility of believing otherwise is almost inconceivable. Describing immense fortunes as “virtual” is a perfect example of language reinforcing a doxa. It frames immense power as intangible and inert, protecting it from scrutiny and taxation by making it seem fundamentally different from the money the rest of us use every day.

2. The Smartest People Can Be the Most Blind

Bourdieu made a counter-intuitive argument: intellectuals, despite their analytical skills, are uniquely vulnerable to a specific kind of blindness he called the “illusion of liberty.”

This is the mistaken belief that one’s success is entirely free from social determinisms—the hidden forces and structures that shape our lives. This blindness is a key feature of the dominant doxa; the unquestioned belief in pure meritocracy makes it nearly impossible for its greatest beneficiaries to see the structural forces that enabled their success. Bourdieu was particularly severe with intellectuals because they possess the very tools needed to understand these forces, yet often “spit on sociology” and deny their existence.

…the “major property” of intellectuals “is the illusion of liberty” (illusion de la liberté) from social determinisms…

This idea is surprising because we assume that intelligence grants clarity. Yet, in the contemporary debate over wealth, some of society’s most successful individuals resist data-driven arguments, like those presented by Zucman, that reveal the structural nature of fiscal inequality. They often prefer a belief in what Bourdieu scathingly called the “racism of intelligence”—the idea that the smart are smart by nature, justifying social hierarchies and ignoring the structural factors that create them.

3. There’s a ‘Joyful Science’ for Uncovering Sad Truths

Given that sociology often uncovers uncomfortable realities, Bourdieu’s description of it is startling. He called it a “gay science” (un gay savoir), which translates from the original French to a “joyful science” or “joyful knowledge.”

The paradox is that the science is considered joyful even when it reports “very sad” things. For Bourdieu, the joy doesn’t come from the findings themselves, but from the discipline’s power to be disorderly (bordélique) and to “chahute the structures of thought”—to heckle, disrupt, and shake up our ingrained mental frameworks.

This concept illuminates the work of economists like Zucman. The data revealing that the average French citizen pays around 50% of their income in total levies while the ultra-rich pay only 25% is a profoundly “sad truth.” More than a statistic, it is a direct violation of France’s foundational constitutional principle of “equality before the tax.” The act of uncovering that disparity, of using rigorous data to disrupt conventional wisdom, is a perfect example of this “joyful science” in action. The joy lies in making the invisible visible and challenging the accepted order.

4. The Words We Use for Wealth Are Hidden Weapons

The most intense social battles are often fought over definitions. A perfect case study is the battle over two seemingly boring financial terms: “professional assets” (biens professionnels) and “tool of work” (outil de travail).

These terms were not organic economic concepts; they were invented specifically to create a loophole in France’s previous wealth tax, the ISF. The term “bien professionnel” did not exist in economic manuals or in the tax systems of other countries like Switzerland or Norway. This loophole successfully exempted the large stock portfolios that constitute 90% of a billionaire’s wealth from taxation. By defining a billionaire’s massive shareholdings in companies like LVMH or Kering as a “tool of work,” the law rendered the tax an exercise in “considerable hypocrisy.” In 2016, French billionaires paid an ISF equivalent to a stunningly low 0.1% of their revenues.

This connects directly to Bourdieu’s work on the power of language to shape reality.

Bourdieu emphasizes the “absolutely capital” role of words in creating and maintaining social illusions.

This single example reveals a profound truth: the primary battleground where economic inequality is defended is often not in spreadsheets, but in legal and financial dictionaries. Seemingly neutral terms are, in fact, hidden weapons used to maintain the status quo.

5. Revealing Uncomfortable Truths Is a Form of ‘Midwifery’

Bourdieu held a deeply humanistic view of his discipline, adopting the Socratic metaphor of the sociologist as an “accoucheur”—a midwife.

The metaphor is powerful: the sociologist’s role is not to impose new ideas from the outside. Instead, it is to help people articulate and bring forth truths they already possess internally but may lack the instruments, language, or confidence to express on their own.

This concept explains the public’s passionate response to the debate on fiscal justice. Zucman’s research doesn’t tell people something they didn’t already feel; it acts as a form of “midwifery.” It gives citizens the “instruments of understanding” to put words and data to a deeply felt sense of unfairness. This work counters the powerful belief among those who are dominated by the economic system that their “condemnation”—be it high tax burdens or poverty—is justified by the impersonal logic of the market or the school system. For people who engage with this process, it can become the “commencement of a certain work” on themselves, triggering self-discovery and a new way of seeing their place in the world.

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A New Lens for an Old Fight

The intellectual toolkit developed by a sociologist decades ago proves invaluable for making sense of today’s most urgent economic debates. Bourdieu’s concepts show us that the fight over taxes is never just about money. It is a fight over language, over the foundational beliefs that structure our society, and over who has the power to define reality itself.

His work leaves us with a critical question: If the doxa of “virtual wealth” and the linguistic weapon of the “tool of work” can so effectively shield power, what other invisible structures of thought are quietly shaping our world?

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Architecture photography and visual design - Jerome Bertrand a.k.a. Prosper Jerominus

About the author

I’m Jerome Bertrand—a French UX and AI designer, educator, and photographer based in The Netherlands. I founded kinokast.eu, where I explore the intersection of UX design and AI.

Through my blog, I offer insights on designer’s personal development, design practices, innovative methodologies, and critical thinking. I create AI-driven podcasts and host interactive ai:Pods on human-curated topics.

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